[Vidéo] Entretien exclusif avec l'amiral Vaujour : la Marine nationale face aux défis du XXIe siècle

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Por c.franck06/07/2026 às 14:190 visualizações
L'amiral Vaujour a expliqué les défis à venir de la Marine nationale  -
L'amiral Vaujour a expliqué les défis à venir de la Marine nationale -
Foto: © Ministère des Armées et des Anciens combattants / Ministerio das Forcas Armadas Franca
[Vidéo] Entretien exclusif avec l'amiral Vaujour : la Marine nationale face aux défis du XXIe siècle c.franck lun 06/07/2026 - 16:19

À l’occasion des 400 ans de la Marine nationale, l’amiral Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale, a accordé un entretien éclairant, à la rédaction pour le 1er épisode de notre nouveau format nommé « Sous l’uniforme ». Entre analyse géopolitique percutante, leçons tirées des conflits modernes et vision humaine du commandement, découvrez les grandes lignes de cet entretien qui dessine le portrait d’une institution en mutation, ancrée dans son histoire tout en se projetant vers l’avenir.

Un monde maritime sous tension

La scène internationale actuelle est marquée par une affirmation croissante des grandes puissances sur les mers. L’amiral Vaujour nous explique ce contexte géopolitique incertain, où la mer n’est plus seulement un espace de libre circulation, mais un théâtre stratégique où les enjeux de souveraineté et d’influence se jouent avec une intensité redoublée.

Les enseignements maritimes du conflit russo-ukrainien

Au-delà de la guerre terrestre, le conflit en Ukraine a révélé une vérité cruciale : les combats à terre débordent inévitablement en mer. C’est également le constat qui est dressé pour le conflit au Proche et Moyen-Orient. Cet épisode a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement et des flux commerciaux internationaux. 

Pour le chef d'état-major de la Marine nationale (CEMM), la leçon principale réside dans la vitesse d’adaptation. La guerre moderne impose une agilité extrême face à l’émergence de menaces asymétriques, notamment la prolifération des drones. 

Innover pour survivre et protéger

Face à ces évolutions technologiques rapides, la Marine nationale adapte ses outils de combat pour développer et intégrer des systèmes de défense robuste contre les drones. Il s’agit d’une course technologique où l’innovation n’est pas un choix, mais une nécessité opérationnelle pour garantir la sécurité des navires et des marins.

400 ans d’histoire : « Héritier, Bâtisseur, Serviteur »

L’année 2026 marque le 400e anniversaire de la Marine nationale qui sera célébrée lors du traditionnel défilé du 14 juillet où plus de marins défileront sur les Champs-Elysées. Une « surprise » serait prévue en fin de défilé pour marquer cet anniversaire historique, qui n’est pas, pour l’Amiral, un anniversaire « comme les autres ». Les marins héritent de ces quatre centenaires d’évolution, en gardant pour mission principale celle de protéger la France et les Français sur tous les océans du monde, tout en continuant de faire évoluer la Marine pour les successeurs, au service de la Nation. Cet anniversaire  représente bien ce triptyque : « héritier, bâtisseur, serviteur » : 

  • les marins sont les héritiers d’une tradition séculaire d’excellence ;
  • ils bâtissent aujourd’hui la Marine de demain ;
  • ils sont au service de la Nation toute entière. 

Appeler les nouvelles générations

Dans cet échange, l’amiral Vaujour lance un appel passionné aux jeunes. S’engager dans la Marine, ce n’est pas seulement servir une cause qui a du sens pour la protection de la France, c’est aussi embrasser une aventure humaine. C’est une opportunité unique d’ouverture sur le monde, de dépassement de soi et d’apprentissage d’un métier d’excellence technique. Avec le Service national, qui débute dès septembre 2026, ceux qui sont en quête d’engagement pourront découvrir la Marine pendant dix mois avant de s’y engager pleinement en tant que militaire. 

Derrière le grade, l’homme

L’entretien révèle enfin la dimension humaine du commandement suprême de la Marine. En devenir chef d’état-major est le fruit d’une carrière marquée par des responsabilités croissantes et une formation continue. L’Amiral livre des aspects de sa profession en tant que CEMM. Il insiste sur l’importance cruciale de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Même au plus haut niveau de commandement, maintenir des rituels familiaux et préserver sa vie privée sont essentiels pour garder lucidité et résilience. Une véritable leçon d’humanisme au cœur de la stratégie militaire.

 

© Ministère des Arméees et des Anciens combattants

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Journaliste : On est au studio et je m’apprête à interviewer l’amiral Vaujour, c’est le chef d’état-major de la Marine Nationale depuis 2023. Et dans cette interview, on va revenir sur son parcours, on va parler des 400 ans de la marine, mais aussi on va revenir sur les gros enjeux stratégiques de la Marine Nationale. Allez, c’est parti !
Bonjour Amiral. 

Amiral Vaujour : Bonjour. 

Journaliste : Merci de nous accorder un petit peu de votre temps pour répondre à quelques questions. Je vais vite entrer dans le vif du sujet et je vais parler de l’actualité. On vit dans une période où il y a des déséquilibres mondiaux. C’est quoi votre vision du contexte géopolitique actuel et comment il se traduit sur les mers ? 

Amiral Vaujour : Alors, vous avez raison, nous faisons face à un déséquilibre global au niveau mondial. En mer, ça s’est traduit par une certaine affirmation des grandes puissances qui veulent marquer leur détermination à atteindre leurs objectifs. On peut le voir en mer de Chine avec les déploiements de la marine chinoise. On peut le voir évidemment en océan Indien aujourd’hui avec les déploiements de la marine américaine. Et on le voit également avec le déploiement des forces russes qui cherchent leur accès à la mer et notamment en Atlantique.

Journaliste : Toujours dans l’actualité, quelles sont les leçons que vous avez tirées du conflit russo-ukrainien ? Et est-ce qu’il y a déjà un premier RETEX à la suite des événements qu’il y a eu avec l’Iran ?

Amiral Vaujour : Bien sûr. Alors le premier grand RETEX de la guerre en Ukraine et puis des conflits au Proche et Moyen-Orient, c’est que les conflits à terre débordent en mer. On l’avait vu lors de l’invasion de la Russie en Ukraine. On a eu immédiatement un problème sur les approvisionnements en grains et en farine, notamment du continent africain. Donc c’était la guerre du grain. Lors de la guerre des 12 jours, ça a été la protection du trafic commercial dans Bab el-Mandeb. Et aujourd’hui, évidemment, la guerre des Américains et des Israéliens sur l’Iran a provoqué la fermeture du détroit d’Hormuz, ce qui a un impact très direct sur nos économies et sur le prix du pétrole.

Donc ça, c’est le premier grand retour d’expérience de l’ensemble de ces conflits. Et le deuxième grand retour d’expérience, c’est la vitesse d’adaptation. On fait face à un changement radical de la manière de faire la guerre. On a vu évidemment l’émergence des drones en Ukraine, mais on le voit également en Iran. On voit également une extension du nombre de menaces, du drone très basique, drone complexe, jusqu’aux missiles balistiques. Et donc cette extension des menaces, les marines doivent y faire face et doivent accélérer leur méthode d’acquisition de matériel et d’implémentation de nouveaux équipements sur les marines. 

Journaliste : Dans ce contexte que l’on vient d’évoquer, comment la Marine nationale agit face à ces incertitudes géopolitiques.

Amiral Vaujour : Alors vous avez raison, il y a un certain nombre d’incertitudes géopolitiques auxquelles on doit faire face. C’est vrai proche de nos côtes, où la marine au quotidien agit de façon à protéger nos approches. C’est vrai évidemment en métropole, c’est vrai dans nos outre-mer. Je pense là tout particulièrement à la Dark Fleet, la flotte fantôme, pour lesquelles la marine agit au large pour faire pression sur ce modèle qui contourne les sanctions internationales des ports de flux de pétrole russes. Et puis, évidemment, c’est la capacité à être sur tous les océans de manière à appréhender les évolutions géopolitiques et être en mesure de réagir. C’est vrai en Atlantique Nord face au déploiement des sous-marins russes, c’est vrai dans l’océan Indien pour proposer des options de sécurisation du détroit d’Hormuz aux différentes parties prenantes. 

Journaliste : Amiral, quelles sont les innovations principales de la Marine nationale de demain ?

Amiral Vaujour : Il faut faire face aux évolutions technologiques, évidemment. Et ça, c’est absolument essentiel de bien observer ce qui se passe dans les différents conflits, de manière à adapter nos outils, nos bateaux, etc. Aujourd’hui, typiquement sur une frégate, nous avons adapté nos modèles de défense en couche pour rajouter une couche de défense contre les drones, avec à la fois de l’intelligence artificielle, à la fois de nouveaux équipements comme des boules optroniques, à la fois de nouveaux petits systèmes de défense comme des brouilleurs qui permettent de faire tomber les drones de manière simplifiée. Et on développe également à l’ukrainienne, entre guillemets, des drones d’interception, des drones anti-drones, de façon à pouvoir les mettre sur nos bateaux le plus vite possible.

Journaliste : Je vais passer à un tout autre sujet. Nous célébrons cette année les 400 ans de la marine. Qu’est-ce que ça signifie pour vous et qu’est-ce que ça peut aussi signifier pour les marins ? 

Amiral Vaujour : Alors, 400 ans d’abord ce n’est pas un anniversaire comme les autres. Ce qui est très important dans la marine, c’est ce que j’appelle héritier, bâtisseur, serviteur. Nous héritons d’une grande histoire, 400 ans, 4 centenaires d’évolution de la marine en protection de la France des Français sur tous les océans du monde. 

Et en même temps, on doit comprendre que tout ce que l’on a hérité de nos prédécesseurs, en fait, il faut le faire évoluer et bâtir pour nos successeurs. Et tout ça au service de la nation. Donc les 400 ans de la marine, pour moi, c’est bien ce fameux triptyque que chacun doit comprendre. Nous avons hérité d’une histoire, nous bâtissons la suite et nous sommes au service de la nation. Ce sont donc les trois grands messages de ces 400 ans de la marine. Héritier, bâtisseur, serviteur. 

Journaliste : Et alors elle va ressembler à quoi cette mise à l’honneur durant le défilé du 14 juillet ? Comment il va se matérialiser ?

Amiral Vaujour : Alors on va avoir un peu plus de marins pour le défilé sur les Champs-Élysées, c’est une excellente chose. Et puis probablement un petit clin d’œil à la fin du défilé, mais ça je vous laisse la surprise. 

Journaliste : D’accord. Je vous mets en situation, vous voyez un jeune qui admire le 14 juillet, qui aimerait faire une carrière militaire. Qu’est-ce que vous aimeriez lui dire à ce jeune ?
Amiral Vaujour : que le service de la nation est une opportunité. Aujourd’hui, les jeunes cherchent du sens, du sens dans l’engagement et que la marine, les forces armées bien évidemment, proposent cette opportunité de s’engager au service d’une cause qui nous dépasse et qui a beaucoup de sens, servir, protéger, protéger la France et les Français sur tous les océans du monde. Il y a un côté ouverture sur le monde, aventure dans une mission qui a beaucoup de sens. Donc il y a « Venez nous voir » et aujourd’hui nous avons une occasion assez particulière qui est le service national qui permet de venir voir, de venir tester avant de venir s’engager dans la marine. 

Journaliste : Vous avez déjà défilé au 14 juillet ? C’est quoi votre plus beau souvenir ?

Amiral Vaujour : Je pense que c’est un moment assez émouvant, d’une grande fierté, où défiler devant les Français sur les Champs-Élysées, c’est quelque chose que l’on fait une fois, deux fois dans sa vie. Alors pour ma part, je l’ai fait deux fois. Et c’est quelque chose qui reste en mémoire. D’abord l’entraînement, la semaine d’entraînement avant pour être parfait. Et puis après les applaudissements de toute la foule sur les Champs-Élysées avant d’arriver dans la tribune présidentielle où on ressent une grande fierté de se présenter au chef des armées, à tout le gouvernement réuni et puis aux invités d’honneur qui sont dans cette tribune. 

Journaliste : Votre carrière est longue, mais je vais me permettre de revenir un petit peu au début. Pourquoi vous avez choisi la Marine nationale ? Pourquoi cette armée en particulier ? 

Amiral Vaujour : Je pense que je voulais d’abord m’engager au service de la France. C’était le premier sujet. Puis j’ai eu la chance d’avoir le choix entre Saint-Cyr et Navale. Je pense que Navale m’a attiré pour l’aventure et la découverte du monde.

Journaliste : Et alors, c’est quoi votre parcours, Amiral ? Comment on devient le chef d’état-major de la Marine nationale ? 

Amiral Vaujour : D’abord, il n’y a pas de parcours pour devenir chef d’état-major de la Marine. Il y a une progression au fur et à mesure du temps. On nous donne de plus en plus de responsabilités. On les assume. Il y a des succès, il y a des échecs. Et au fur et à mesure du temps, on vous dit finalement, tiens, ça va être vous. Et la question qui vous est posée, c’est est-ce que vous êtes prêt à assumer ces responsabilités ? Et j’ai répondu oui à cette question et j’ai été retenu.

Journaliste : Je me permets juste de revenir sur votre fonction, car certains ne savent pas exactement ce que c’est. Alors expliquez-nous, c’est quoi le chef d’état-major de la Marine nationale ? Il fait quoi concrètement ? 

Amiral Vaujour : Alors le chef d’état-major de la Marine nationale, il est chef d’une armée, la Marine nationale, 40 000 personnes, des grands ports, et il est chargé de recruter des marins, de les former, de les entraîner et de construire un outil militaire au profit du chef d’état-major des armées et évidemment du président de la République pour répondre à l’ensemble des missions. Ces missions, elles sont très simples, si on caricature : protéger la France, les Français sur tous les océans du monde. Mais ça se traduit évidemment par la dissuasion nucléaire avec la composante sous-marine, la composante aéronavale portée sur le Charles de Gaulle en complément des forces aériennes stratégiques. C’est évidemment la protection de nos approches le long de nos côtes et puis l’intervention contre quand nos intérêts sont menacés un peu partout. Par exemple en ce moment évidemment en Océan Indien pour la protection des flux commerciaux.

Journaliste : Et justement, durant vos fonctions de chef d’état-major de la Marine nationale, est-ce qu’il y a un moment qui vous a marqué particulièrement ? 

Amiral Vaujour : Alors, il n’y en a pas un, il y en a plusieurs. Oui, j’imagine. Le premier, c’est le jour où vous recevez la responsabilité, où il y a évidemment beaucoup de fierté et à la fois d’émotion, parce que c’est un peu un aboutissement quand même dans une carrière. Les deux autres moments, si je peux en prendre trois du coup, en tout, c’est la cérémonie de lancement et réalisation du porte-avions France Libre, qui a été un moment assez important parce que là aussi ça a été beaucoup de travail pour arriver à ce moment-là. Et puis le discours de l’île longue du Président avec le nommage de l’invincible de la nouvelle classe de sous-marins nucléaires de 3e génération, Ce sont des moments à la fois de grande fierté parce que c’est un travail qui se concrétise et à la fois d’une extrême importance parce que stratégiquement, c’est important pour la France.

Journaliste : Et en tant que militaire, comment on gère la vie personnelle, la vie professionnelle ? J’imagine que quand on s’absente pendant de longs mois, ce n’est pas facile, non ? 

Amiral Vaujour : C’est un enjeu important, mais qu’il faut absolument gérer au mieux. Pour ma part, avec mon épouse, on essaie de trouver le meilleur équilibre possible, avec des petits rituels, entre guillemets, toutes les semaines je déjeune avec elle, au moins une fois par semaine à midi, de façon à se retrouver régulièrement, et puis de partir en vacances, d’avoir des hobbies ensemble, etc. C’est absolument essentiel. On ne peut pas réussir sans avoir cet équilibre.

Journaliste : Et ensuite, on va passer à des questions où j’attends un mot en réponse. C’est vraiment très concis. Donc, si vous n’aviez pas été militaire dans la Marine nationale, quel métier vous auriez fait ? 

Amiral Vaujour : Armée de terre. 

Journaliste : Vous me donnez une armée. 

Amiral Vaujour : Oui, oui, non, j’aurais été officier dans l’armée de terre. 

Journaliste : Parmi tous les bâtiments de la Marine nationale, quel est celui qui retient le plus votre attention ? En fait, c’est lequel votre préféré ? 

Amiral Vaujour : En fait, il n’y a pas de bâtiment préféré, mais celui qui me tient à cœur parce que je l’ai commandé, c’est le Chevalier Paul.

Journaliste : Un mot pour décrire le 14 juillet ? 

Amiral Vaujour : Nation. 

Journaliste : Et enfin, est-ce que vous avez un chant marin que vous aimez bien et que vous pourriez nous partager ? Pas de nous chanter, hein, nous partager. 

Amiral Vaujour : Tant mieux, si je ne vais pas le chanter. Non, en fait, il n’y en a pas un. Il y a un chant de marin et il y a un autre chant. Mais il y a un chant marin, c’est la mer de Charles Trenet. Parce que je trouve qu’elle représente véritablement bien ce que l’on vit en mer. Et le deuxième, c’est de Johnny, c’est l’envie d’avoir envie. parce que je pense qu’on a besoin de cette énergie pour diriger une armée comme la marine. Et je pense que pour chaque chef, l’envie est quelque chose qui est absolument nécessaire pour faire avancer les choses. 

Journaliste : Très bien. Merci, Amiral. 

Amiral Vaujour : Merci.

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