Ce mois-ci, nous nous sommes rendus au 1er régiment d’hélicoptères de combat à Phalsbourg afin d’échanger avec le capitaine Melchior. Chef de patrouille sur hélicoptère Tigre, il a récemment été déployé au Proche et Moyen-Orient pour participer à la défense anti-drones des pays du Golfe. Il nous raconte les coulisses de son départ en opération extérieure et surtout sa première destruction de drone au canon de 30mm. Un baptême du feu dont il se souviendra longtemps.
« Le déclenchement de l'alerte a été particulier. Je partais faire le convoyage d'un hélicoptère pour un acte de maintenance. J'étais dans le bureau de mon chef lorsque j'ai entendu un coup de téléphone de son supérieur qui l'appelait pour commencer à travailler sur une désignation d'équipage à destination du Proche et Moyen Orient. L’objectif : faire de la lutte anti-drones. J’ai eu tout de suite les oreilles qui se sont aiguisées », se souvient le capitaine Melchior. En quelques jours, l’officier se retrouve ainsi projeté en opération pour réaliser une mission que l’Aviation légère de l’armée de Terre (Alat) n’avait jusqu’alors jamais effectuée. « La différence avec les autres théâtres sur lesquels l’Alat a été engagée, c'est le fait d’opérer dans un contexte interalliés, interarmées avec beaucoup d'aéronefs et beaucoup de vecteurs en l'air », explique-t-il. Les missions se déroulaient de nuit, duraient entre 2h30 et 3h30 et ont abouti à la destruction de plusieurs drones. « Pourquoi le Tigre a été rapidement désigné pour partir ? Le canon de 30 mm qui se trouve à l'avant posséde une conduite de tir Air-Air, c'est-à-dire que tous les calculateurs dans la machine prennent en compte à la fois le déplacement de l'hélicoptère et le déplacement de la cible pour permettre de faire un point visé, point touché. C'est vraiment un armement qui est très adapté pour des cibles aériennes » précise -t-il. Aujourd’hui, le capitaine a à cœur de partager son expériences avec les autres équipages de son unité et de relever de nouveaux défis : « La dronisation, c'est vraiment le challenge sur lequel l’Alat travaille, que ce soit pour avoir des drones ailiers ou des drones que l'on puisse lancer depuis les hélicoptères afin d’en faire des munitions, des drones leurres qui nous permettent de simuler la signature de plusieurs hélicoptères ».
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Voix Off : Defcast avec Samantha Lille.
Samantha Lille : Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans le Defcast, le podcast du ministère des Armées. Une discussion à bâtons rompus pour vous faire rencontrer une personnalité de la sphère défense et découvrir la richesse de son parcours.
Voix invitée : « On a ouvert un domaine, on a fait quelque chose qui n’avait jamais été fait »
Samantha Lille : Pour ce nouvel épisode, nous avons rejoint le 1er régiment d'hélicoptères de combat à Phalsbourg afin d'y rencontrer le capitaine Melchior. Bonjour !
Capitaine Melchior : Bonjour Madame.
Samantha Lille : Vous êtes chef de patrouille sur hélicoptère Tigre et vous avez été déployé récemment au Proche et Moyen-Orient pour réaliser des missions de lutte anti-drone. Alors le Tigre, j'imagine que c'est forcément le plus beau des outils de combat?
Capitaine Melchior : Oui, en effet, moi j'ai eu la chance de pouvoir le choisir en fin d'école de formation, donc je ne vais pas vous contredire là-dessus.
Samantha Lille : Pour ceux qui ne visualisent pas forcément cet appareil, est-ce que vous pouvez nous le décrire et parler de ses capacités ?
Capitaine Melchior : Oui, le Tigre, c'est un hélicoptère de reconnaissance et d'attaque. C'est un hélicoptère qui est en tandem, c'est-à-dire que les cockpits sont devant-derrière, contrairement, à tous les autres hélicoptères de l’Alat. C'est un hélicoptère qui a pour but de faire des missions offensives grâce à tous ses armements. Il a 4 armements principaux: le canon de 30 mm, des roquettes de 68 mm, des missiles antichars de type Helfire et des missiles Mistral Air-Air. Donc voilà, il peut faire un panel vraiment très large de missions, on peut vraiment l'adapter en fonction de la mission qu'on a à faire, rajouter tel armement ou tel optionnel.
Samantha Lille : Alors capitaine, vous êtes quelqu'un, paraît-il, sur qui l'on peut compter, humble, toujours avenant et souriant de nature, vous êtes un chef que l'on aime suivre par exemplarité selon mes sources. Vous êtes arrivé en escadrille alors que le théâtre sahélien fermait, presque un peu déçu de ne pas avoir pu connaître de théâtre d'opération. Finalement, l'actualité internationale vous a rattrapé il y a quelques semaines vous avez été déployé, un déclenchement qui s'est fait sur alerte pour participer à la défense des pays du Golfe. Alors racontez-nous comment vous avez vécu les premières heures de ce baptême du feu.
Capitaine Melchior : Vous voulez parler du déclenchement de l'alerte ou une fois arrivé sur place ?
Samantha Lille : Du déclenchement de l'alerte, on va faire par ordre chronologique si cela vous va.
Capitaine Melchior : Le déclenchement de l'alerte a été assez particulier parce que je partais faire un convoyage d'un hélicoptère pour le déposer à un autre endroit dans le but d'un acte de maintenance et j'étais dans le bureau de mon chef le matin et j'entends un coup de téléphone de son chef à lui qui l'appelle pour commencer à travailler sur une désignation d'équipage pour partir au Proche et Moyen Orient pour faire de la lutte anti-drone. Donc moi, tout de suite, je commence à avoir les oreilles qui s'aiguisent. Mais assez vite, je dois partir pour ma mission et du coup, je me concentre sur ma mission. On part pour faire notre convoyage et au moment où je rentre, je suis ramené d'ailleurs en hélicoptère Caïman au régiment, j'ai mon chef qui m'envoie un message et qui me dit directement: reviens au bureau, est-ce que tu es prêt pour qu'on parte demain à la brigade à Clermont-Ferrand pour éditer la doctrine et est-ce que tu es disponible les 4, 5, 6 prochains mois? Donc je lui réponds par la positive aux deux questions. Et le lendemain, on part avec mon commandant d'unité à la brigade avec les 3 régiments d'hélicoptères de combat et l'état-major de la brigade pour écrire le document cadre, document doctrinal qui nous permettra de mener à bien la mission.
Capitaine Melchior : Donc ça, on est jeudi, vendredi. Le dimanche, on part faire une campagne de tirs sur un site de la DGA en dernière minute avec les équipages désignés pour s'entraîner une dernière fois sur des tirs réels de lutte anti-drone. Quelques jours après, 4-5 jours après, on prend l'avion depuis Istres pour décoller vers le Proche et Moyen-Orient. Donc en une semaine, tout s'est joué sachant que je revenais d'un long stage de formation et c'est vrai que quelques jours avant, j'étais à des années-lumière de penser que j'allais pouvoir être déployé en opération sur une ouverture de théâtre et sur une mission que l'Alat n'avait jamais faite.
Samantha Lille : On parle d'une mission complexe qui se déroulait de nuit, j'imagine que vous allez approfondir, avec surtout beaucoup, beaucoup d'aéronefs en l'air. Est-ce que vous pouvez un peu nous préciser et nous raconter un petit peu cette ambiance quand même si particulière ?
Capitaine Melchior : Oui, ce qui était très particulier comparé aux autres théâtres sur lesquels l’Alat a été déployé, c'est qu'on a opéré dans un contexte interalliés, interarmées avec en effet beaucoup d'aéronefs et beaucoup de vecteurs en l'air. La défense des pays du Golfe, elle se faisait en multicouche, c'est-à-dire qu'il y avait plusieurs couches qui nous permettaient de défendre les côtes. Au plus loin, il y avait les avions de chasse, en deuxième échelon il y avait les hélicoptères et en troisième échelon sur les côtes, il y avait des missiles Sol-Air qui pourraient prendre tous les drones qui auraient passé les deux premiers rideaux. Et donc en fait, il y avait jour et nuit, beaucoup d'avions de chasse et beaucoup d'hélicoptères en vol pour permettre d'intercepter tout drone qui pouvait se diriger vers les côtes. Et donc nous, nous étions déclenchés uniquement de nuit.
Samantha Lille : J'imagine que c'est ça aussi qui est dur, c'est de déconflicter. Vous avez évidemment l'habitude, vous êtes entraîné surtout pour ça, mais comment justement on fait bien attention à savoir qui est ami, qui ne l'est pas forcément ?
Capitaine Melchior : Ça a été un doute au départ, en effet. Pour nous, c'était justement l'authentification en tant qu'ami et ne pas risquer de tirs fratricides. Donc on avait des procédures d'authentification qui changeaient toutes les semaines pour nous permettre de nous authentifier amis. On avait également un contrôleur de l'aviation légère de l'armée de Terre qui nous contrôlait en vol, qui nous désignait les cibles, nous déconflictait avec tous les autres aéronefs qui étaient en vol. Et donc assez vite, après avoir mis à bien toutes ces procédures, on a été vite serein sur cet aspect-là.
Samantha Lille : Est-ce que c'était des vols longs? Combien de temps duraient les missions?
Capitaine Melchior : C'était entre 2h30 et 3h30 de vol.
Samantha Lille : Et forcément, on a envie de vous poser la question: est-ce que vous avez fait but? Est-ce que vous avez détruit un ou plusieurs drones ? Oui.
Capitaine Melchior : Oui, j'ai détruit plusieurs drones en effet.
Samantha Lille : Avec quel armement ? Comment ça s'est passé ? On a envie de savoir cette première fois comment elle s'est passée.
Capitaine Melchior : Pourquoi le Tigre a été assez vite désigné pour partir là-bas? C'est que, comme je vous disais au début de l'interview, le canon de 30 mm qui se trouve à l'avant du Tigre, c'est un canon qui a une conduite de tir Air-Air, c'est-à-dire que tous les calculateurs dans la machine prennent en compte à la fois le déplacement de l'hélicoptère et le déplacement de la cible pour permettre de faire un point visé, point touché. On n'a pas besoin de dépointer comme on pourrait le penser, comme la cible bouge. Donc c'est vraiment un armement qui est très très adapté pour des cibles aériennes, qu'elles soient hélicoptères, drones ou même avions. Donc c'est grâce au canon de 30 mm que j'ai pu détruire des drones.
Samantha Lille : Oui, parce qu'on le rappelle, vous l'avez d'ailleurs précisé, vous êtes 2 dans l'appareil. Alors peut-être expliquer qui fait quoi ?
Capitaine Melchior : Oui, donc moi j'ai été employé en tant que chef de bord, chef de patrouille. Donc je suis en place arrière dans le Tigre. Donc comme je vous ai dit, c'est un hélicoptère en tandem. Devant, c'est le pilote. La charge de travail est vraiment bien distincte et il y a beaucoup d'autonomie que ce soit dans les 2 cockpits, déjà parce qu'on ne se voit pas. Et on ne peut pas vraiment contrôler toujours en effet ce que fait l'autre, donc il y a beaucoup d'autonomie dans la charge de travail. Le pilote à l'avant, il a le pilotage à gérer, tout ce qui est anti-abordage, sécurité. Et le chef de bord en place arrière, il gère tout ce qui est tactique, la mission, toutes les communications radio puisqu'on a beaucoup de radios également à bord et la mise en œuvre de l'armement.
Samantha Lille : Est-ce que c'était des missions que l'on peut considérer comme dangereuses ?
Capitaine Melchior : Alors c'était dangereux parce qu'on a eu le doute quand même des tirs fratricides. Au début du conflit dans le Golfe, il y a eu des avions de chasse américains abattus. Donc déjà sur cet aspect-là, c'était dangereux et sur le deuxième aspect, c'était sur l'explosion du drone que l'on pouvait détruire, des débris. Donc on a travaillé avec le génie de l'armée de Terre pour nous permettre de déterminer des rayons minimaux à respecter suivant la charge explosive que pouvaient emporter les drones.
Samantha Lille : Entre, ce que vous vous êtes imaginé et le moment où ça s'est réellement passé, est-ce qu'il y a une grosse différence ou pas ?
Capitaine Melchior : Étant donné qu'on a été déclenché quand même sous très court préavis, on n'a presque même pas eu le temps d'imaginer et de se projeter. Tout a été très vite. Une fois qu'on est arrivé sur le théâtre, on a dû remettre en condition les machines, commencer aussi à prendre un peu la confiance du partenaire pour montrer qu'on était capable de mener à bien la mission, monter en gamme, monter en compétences et donc assez vite, on a été déployé sur des missions opérationnelles. Franchement, en termes d'imagination, ça a été vraiment rapide.
Samantha Lille : Avec notre précédente invitée, on a beaucoup parlé de sauvetage et survie des équipages en cas de crash. Vous avez été peut-être formé à cela, est-ce qu'on y pense quand on est déployé, quand on est en vol et est-ce qu'on pense au fameux «et si ? »
Capitaine Melchior : Oui, évidemment, on y pense. Alors déjà, donc on volait principalement au-dessus de la mer, donc on a des formations au niveau de la Marine nationale pour nous permettre d'apprendre à comment sortir d'un aéronef une fois qu'il impacte l'eau parce que souvent, les hélicoptères se retournent et donc on peut être assez vite déboussolé. Donc on a des procédures pour sortir en sécurité et c'est des procédures qu'il faut un peu se remémorer parce que c'est des actions vraiment qu'il faut faire sans réfléchir. Donc oui, on y pense, on s'y prépare mentalement On avait la chance là-bas d'avoir des hélicoptères qui étaient dédiés à venir chercher les équipages qui auraient pu être abattus ou à faire des amerrissages d'urgence.
Samantha Lille : Le fait que l'appareil en face de vous soit un objet volant non habité, est-ce que ça change votre perception de la menace du combat aérien peut-être d'une certaine manière? Au final, peut-être qu'on a cette image très ancienne du face-à-face qui là est avec une machine en fait.
Capitaine Melchior : Oui, c'est assez particulier. Bon, déjà, c'est du combat aérien, donc c'est quelque chose que le Tigre n'avait jamais fait. Alors même s'il est fait pour ça, même si en école, les pilotes, les chefs de bord, les chefs de patrouille sont formés à ça, on a des séances, que ce soit au simulateur ou en vol, pour apprendre le combat aérien. Donc il y a pas mal de choses en termes de positionnement, d'acquisition et de tir. Il suffisait juste de mettre en place toutes les procédures qu'on a pu apprendre et se concentrer vraiment sur l'acte technique qui était ensuite la mise en œuvre de l'armement, mais vraiment la cible qu'on a dans la caméra change pas grand-chose.
Samantha Lille : Vous avez commencé un petit peu à l'évoquer, mais en quoi l'hélicoptère Tigre est justement un atout très efficace pour la lutte anti-drone et par rapport aussi au retour d'expérience que vous avez là aujourd'hui, de retour de mission ?
Capitaine Melchior : L'hélicoptère Tigre, il a été fait à peu près dans les années 90. Cette mission prouve vraiment, déjà par l'expérience, qu'il était vraiment adapté. En fait, on peut vraiment l'adapter de manière très facile, il est très réversible. On s'est vraiment appuyé sur ses qualités intrinsèques qui nous ont permis de mener à bien la mission et de pouvoir rajouter des Mistral dont la capacité avait été perdue, la liaison 16 grâce à un boîtier que la DGA nous a mis dans la machine et le canon. En fait, on s'est vraiment appuyé sur toutes les qualités de la machine. En combinant toutes ces qualités, on a mené à bien la mission.
Samantha Lille : On se souvient, on a d'ailleurs des images qu'on a vues à la télévision de l'engagement des Tigre au Sahel où l'armée de terre avait l'habitude des menaces au sol. Là, vous traitiez des menaces Air-Air, vous l'avez dit. Qu'est-ce que ça change aussi fondamentalement pour vous dans l'apprentissage ?
Capitaine Melchior : Que ce soit des cibles terrestres ou aériennes, je ne suis pas sûr que ce soit ça qui change réellement. C'était vraiment le contexte où au Sahel, là, tu étais vraiment plutôt déployé en franco-français certes, en interarmées. Là, la particularité, ça a été vraiment de travailler en interalliés. Avec beaucoup, beaucoup d'aéronefs en l'air alors qu'il y en avait quand même beaucoup moins au Sahel également. C'est des procédures qui étaient différentes, un savoir-faire que l'on avait dans les équipages de l’Alat mais qu'on a dû un peu sortir du chapeau pour les combiner et réussir la mission. Donc c'est plutôt ça, je trouve, qui est différent des opérations au Sahel.
Samantha Lille : Justement, est-ce qu'après cette première expérience, l'aviation légère de l'armée de Terre va continuer à explorer le domaine de la lutte anti-drone ?
Capitaine Melchior : Évidemment, on continue. On s'appuie déjà sur le retour d'expérience des équipages qui y sont allés. Donc c'est mon rôle et c'est le rôle de tous les équipages, de tous les mécaniciens, des contrôleurs qui ont été là-bas, que ça ne se perde pas. Le but, c'est d'écrire, c'est de former les escadrilles à notre retour de mission, c'est vraiment de partager l'expérience. Et ensuite, on va continuer à s'entraîner, on va s'appuyer sur ces acquis-là, que ce soit à la simulation, que ce soit grâce aux liaisons de données, que ce soit en tir réel. Évidemment, on va s'appuyer dessus, on s'appuie sur tous les retex, que ce soit en exercice ou en mission opérationnelle, on s'appuie vraiment sur tout pour pouvoir progresser.
Samantha Lille : Je me permets de rebondir parce que vous avez mentionné les mécaniciens. C'est vrai qu'on parle en ce moment beaucoup des équipages, mais je pense qu'évidemment Toutes ces missions peuvent se faire parce qu'au sol, effectivement, il y a des gens qui prennent soin des appareils, qui font en sorte de les rendre accessibles, utiles le jour de la mission.
Capitaine Melchior : Évidemment, moi je suis juste le dernier maillon de la chaîne, celui qui appuie entre guillemets sur le bouton, mais derrière, en effet, la chaîne, elle est très longue. Là-bas, il y avait des mécaniciens de premier, de deuxième niveau, des contrôleurs aériens, des maintenanciers, vraiment plein de gens qui travaillaient dans le même sens pour cette mission, mais il n'y a pas que les pilotes, ça c'est évident.
Samantha Lille : Alors, on peut dire que vous faites maintenant partie des pionniers dans le domaine de la lutte anti-drone. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
Capitaine Melchior : C'est une fierté. Déjà, je suis très fier d'avoir pu faire cette mission. Je me trouve extrêmement chanceux parce qu'on n'a pas été beaucoup à pouvoir être sélectionnés là-dessus. Comme vous disiez en début d'interview, j'avais été assez frustré de la fermeture du théâtre sahélien. Je suis vraiment ravi, fier et mon but, c'est vraiment de partager l'expérience auprès de tout le monde pour que tout le monde puisse apprendre.
Samantha Lille : Est-ce que vous avez aussi la sensation, d'une certaine manière, à votre échelle, à votre niveau, d'avoir peut-être aussi marquer l'histoire encore une fois en réalisant une première, quelque chose qui n'avait pas été fait en opération auparavant.
Capitaine Melchior : Marquer l'histoire, c'est peut-être un peu fort, mais ce qui est sûr, c'est qu'on a ouvert un domaine, on a fait quelque chose qui n'avait jamais été fait.
Samantha Lille : Qu'est-ce qu'on vous a dit à votre retour en unité, vos collègues, vos chefs? Est-ce que vous avez été débriefés? Est-ce que vous avez été salués ?
Capitaine Melchior : Moi, c'est particulier parce qu'on était plusieurs équipages, mais on était un seul équipage du 1er régiment d'hélicoptères de combat. Les autres étaient du 5e régiment d'hélicoptères de combat. Évidemment, aux escadrilles Tigre du régiment, il y a eu beaucoup de fierté. On a bien été j'ai été félicité, c'était vraiment sympa de retrouver les camarades au retour.
Samantha Lille : Alors on va forcément revenir un petit peu à vos débuts au sein du ministère. Première question: pourquoi Saint-Cyr et ensuite pourquoi avoir choisi l'aviation légère de l'armée de Terre ?
Capitaine Melchior : Peut-être commencer par pourquoi l'aviation légère de l'armée de Terre, ce qui m'a permis après de trouver comment y parvenir. Moi, mon père est pilote dans l'Alat, donc voilà, c'est un ancien pilote de Gazelle, donc évidemment, voilà, une petite histoire de famille. J'ai été un peu formaté en petit garçon, donc ça m'a bien donné l'envie sans le côté opérationnel parce que justement jusqu'à la fermeture du théâtre sahélien, il y avait eu énormément d'engagements opérationnels et aucun ne s'était fait sans l'Alat. Donc c'est vraiment ça qui m'a attiré. J'étais aussi attiré par l'hélicoptère en général. En fait, c'est quel moyen me permettait d'arriver à cette fin et donc j'ai été aussi poussé par mes parents à faire une classe préparatoire pour intégrer Saint-Cyr.
Samantha Lille : Mais vous auriez pu choisir l'Armée de l'air et de l'espace ou la Marine nationale ?
Capitaine Melchior : Non, non, moi c'était vraiment les hélicos de l'Alat qui m'intéressaient et en fait les hélicos, il y a 70% du parc des armées qui fait partie de l'aviation armée de Terre donc de l'armée de terre Et les hélicoptères de combat ne sont que dans l'armée de Terre.
Samantha Lille : Et pourquoi le Tigre? C'était votre premier choix parce que vous parlez de votre papa qui était sur Gazelle et pourtant vous avez choisi le Tigre !
Capitaine Melchior : Évidemment, donc moi j'étais plutôt fan d'hélicoptères de reconnaissance et d'attaque. Il y a deux grandes familles dans l'Alat, il y a l'hélicoptère de reconnaissance et d'attaque Gazelle, Tigre et les hélicoptères de manœuvre et d'assaut Caïman, Cougar, Caracal, Puma qui est en train de sortir du service. Donc moi, j'étais plus attiré par les missions de reconnaissance et d'attaque. Comme j'ai eu le choix entre la Gazelle et le Tigre, évidemment, j'ai pris l'hélicoptère de nouvelle génération qui permet quand même un plus large panel de missions.
Samantha Lille : Comment justement ont réagi vos proches à votre choix d'engagement? Est-ce que du coup, c'était une fierté des parents ou peut-être qu'il y a de l'inquiétude aussi, forcément?
Capitaine Melchior : Non, il y a eu beaucoup de fierté des parents. Mon père a été assez étonné parce que je me suis beaucoup plaint de ses absences en tant qu'enfant, donc assez étonné de mon choix. Mais beaucoup de fierté, oui, quand même.
Samantha Lille : Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans votre apprentissage? Peut-être vous pouvez nous expliquer un peu comment ça marche. J'imagine que c'est quand même pas mal d'années avant d'arriver à ce graal-là.
Capitaine Melchior : Oui, je pense le plus difficile, justement, c'est la longueur de la formation. Donc la formation en sortie de prépa, donc 3 ans de Saint-Cyr, c'est un tronc commun qui forme les officiers directs de carrière de l'armée de Terre. À l'issue des 3 ans de Saint-Cyr, on choisit une arme en fonction de son classement. C'est là où je choisis l'aviation légère de l'armée de Terre et quand toutes les armes ne font qu'un an de spécialité, de division d'application, ce qu'on appelle, nous pour finir chef de patrouille, on en fait 3. C'est-à-dire que quand vous avez vos camarades qui sont déjà depuis 2 ans en régiment, qui sont déployés en opération extérieure et vous, vous êtes encore sur les bancs de l'école. C'est ce qui est un peu dur, c'est la longueur, mais la longueur est nécessaire parce que déjà le métier est très technique. Sur les 3 ans, vous avez un an à Dax où vous apprenez les métiers, enfin le pilotage pur et ensuite 2 ans au Luc en Provence où vous vous spécialisez sur votre appareil d'armes, vous apprenez la tactique et vous finissez breveté chef de patrouille, ce qui vous permet de commander 3 hélicoptères en vol.
Donc ce n’est quand même pas rien, c'est énormément de responsabilités donc les 3 ans sont nécessaires mais très longs avant d'être muté en régiment.
Samantha Lille : Est-ce que vous avez douté à un moment pendant votre formation, votre apprentissage ?
Capitaine Melchior : Il y a quelques échecs qui se font à Dax en formation. On a besoin d'apprendre le pilotage en un nombre d'heures de vol qui est assez restreint. Donc il faut apprendre relativement vite, progresser vite. Donc il y a malheureusement certains qui font échec pendant le stage et donc c'est un peu du inné, je pense qu'on n'y peut pas grand-chose. Moi, j'ai eu de la chance que ça se soit bien passé, je n’ai pas eu de difficultés particulières pendant la formation. De manière vraiment humble, je n’ai pas vraiment douté pendant cette formation.
Samantha Lille : Est-ce qu'il y a un vol qui vous a particulièrement marqué? Est-ce que c'est votre premier vol solo, la première fois que vous montez dans un hélicoptère ou autre ?
Capitaine Melchior : Clairement, là, du coup, le vol qui m'a le plus marqué, c'est la première destruction de drone au Proche et Moyen-Orient. Parce que déjà c'est un vol opérationnel, l'opex, je l'avais attendu depuis des années. Comme je vous dis, la formation elle est super longue. Moi en tant qu'officier direct, le temps en régiment en tant que pilote de combat, il est quand même relativement court et je voyais le temps passer, je me suis dit purée, je ne vais pas réussir malheureusement. Vraiment, ça a été la cerise sur le gâteau, ça m'a permis de concrétiser réellement toutes ces années de formation donc c'est vraiment le vol le plus beau et que je retiendrai toute ma vie je pense.
Samantha Lille : Et j'imagine aussi que vous avez été peut-être aussi bercé par le récit de vos anciens, je pense qu'ils vous ont raconté ce qu'ils ont fait sur d'autres théâtres d'opération. Et donc forcément, ça nourrit peut-être un imaginaire ou une envie effectivement d'y aller et d'y être.
Capitaine Melchior : En effet, moi quand je suis arrivé en escadrille, donc vous l'avez dit, c'est la fin des opérations en Afrique. Les escadrilles Tigre de l'aviation de l'armée de Terre avaient tourné énormément en Afrique depuis la Libye, la Centrafrique, le Mali, le Niger. Donc en fait, tous les chefs de patrouille, chefs de bord Tigre avaient fait plusieurs opérations extérieures. Donc évidemment, on a été bercé de toutes ces histoires, même si celle que j'ai pu faire est vraiment très différente. Oui, et c'est sûr qu'on a beaucoup appris de leurs histoires.
Samantha Lille : Alors effectivement, là, on a énormément parlé de lutte anti-drone, mais est-ce qu'il y a aussi, j'imagine qu'il y en a, d'autres prochains défis, d'autres terrains d'exploration, d'innovation pour l'aviation légère de l'armée de Terre?
Capitaine Melchior : Les sujets actuellement d'innovation au sein de l'aviation légère de l'armée de Terre, c'est vraiment la dronisation, c'est l'intégration des drones pour permettre d'augmenter notre létalité, d'augmenter la survivabilité des équipages d'être beaucoup plus efficace, de permettre d'aller plus loin, plus vite et de taper plus fort. Donc ça, c'est vraiment le challenge sur lequel toute l’Alat travaille, que ce soit d'avoir des drones ailiers ou des drones qu'on puisse lancer depuis les hélicoptères pour en faire des munitions, des drones leurres qui nous permettent de simuler la signature de plusieurs hélicoptères pour pouvoir leurrer l'ennemi. C'est le gros challenge des prochaines années pour l’Alat.
Samantha Lille : Effectivement, et on en parle énormément, surtout depuis le début du conflit russo-ukrainien, on sent que la dronisation, elle a quand même clairement changé le champ de bataille à tous les niveaux, dans tous les domaines. Et vous le ressentez-vous aussi donc du coup à votre échelle?
Capitaine Melchior : On le ressent parce qu'on a pris vraiment un virage en effet avec le début du conflit russo-ukrainien. On prend tout leur retex pour pouvoir apprendre, progresser puisque c'est finalement eux qui ont le plus d'informations sur une guerre qui pourrait se rapprocher d'une guerre de haute intensité qu'on pourrait rencontrer. Alors il ne faut pas prendre tout pour argent comptant puisqu’évidemment chaque conflit est différent mais on sent vraiment qu'on est en train de basculer sur quelque chose de nouveau, sur un champ de bataille qui change totalement.
Samantha Lille : Est-ce que c'est enthousiasmant quand on est à votre place?
Capitaine Melchior : Tout changement, toute évolution est très enthousiasmante, ça c'est évident.
Samantha Lille : Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier au quotidien? Qu'est-ce qui fait que vous allez au travail avec ce fameux sourire dont on parlait en introduction?
Capitaine Melchior : Déjà, on a la chance d'avoir des hommes et des femmes exceptionnels qui sont très, très forts techniquement, qui sont hyper investis, hyper engagés, qui ont fait des années d'opérations extérieures, qui ont beaucoup donné, qui ont beaucoup sacrifié et qui continuent. Donc ça, évidemment, en tant que chef, c'est hyper intéressant, hyper valorisant. Donc ça, c'est top. On a des outils qui sont exceptionnels, les hélicoptères de l'Alat qui sont exceptionnels. On fait du coup des missions et des exercices qui sont hyper enrichissant. Donc comment ne pas avoir le sourire?
Samantha Lille : Bon alors là, on se croirait presque dans une pub d'armée de Terre recrute. Mais alors, qu'est-ce qui est le plus difficile si on veut équilibrer un petit peu la photo?
Capitaine Melchior : Moi, le plus difficile personnellement, justement, ça a été d'attendre ces années sans opération extérieure. J'avais choisi l’Alat pour cet engagement opérationnel. Ne pas avoir quelque chose qu'on est venu chercher, ça serait frustrant. Je ne dis pas que c'était difficile, mais c'est peut-être ça que je pourrais souligner.
Samantha Lille : Qu'est-ce que l'on peut vous souhaiter aujourd'hui?
Capitaine Melchior : Que les Tigre et les hélicoptères de l’Alat puisse continuer à prouver leur efficacité, que ce soit en France ou à l'étranger, qu'on puisse montrer à tout le monde qu'on est indispensable.
Samantha Lille : Est-ce que vous avez passé un bon moment avec nous, capitaine?
Capitaine Melchior : Oui, c'était très bien. Merci, Madame.
Samantha Lille : Alors, dans ce podcast, on aime s'intéresser aux playlists de nos invités. C'est d'ailleurs devenu un peu une question signature. Alors, est-ce que vous pouvez nous conseiller une playlist, un ou deux morceaux qui vous plaisent?
Capitaine Melchior : Alors, mes playlists, elles sont quand même assez variées.
Samantha Lille : Alors on est vraiment très, très ouvert dans ce podcast.
Capitaine Melchior : Quand je mets en mode aléatoire sur mes applications, je peux aussi tomber sur Petit Ours Brun de mes enfants. Donc ça peut être très varié, tout comme de la variété française ou du rap français. Donc franchement, c'est très large.
Samantha Lille : Est-ce que vous avez par exemple une musique qui peut vous apaiser ou vous aider à vous concentrer avant un vol par exemple?
Capitaine Melchior : Non, pas tant. Je n’écoute pas énormément de musique, j'écoute un peu en voiture, mais j'ai pas souvent d'écouteurs dans les oreilles, non.
Samantha Lille : D'accord. Alors qu'est-ce qui vous apaise? Est-ce que vous avez un petit rituel avant de partir en mission?
Capitaine Melchior : Je ne suis pas quelqu'un de stressé, honnêtement.
Samantha Lille : C'est une chance!
Capitaine Melchior : Je n’ai pas de routine, je suis pas superstitieux. Non, je n’ai pas de truc particulier, je porte pas de caleçon rose pour me détendre ou avoir ce genre de superstition. Donc non, pas vraiment, je n’ai pas de routine particulière.
Samantha Lille : Eh bien, on va vous souhaiter de garder cette sérénité. Merci beaucoup, capitaine. Je donne rendez-vous à nos auditeurs le mois prochain pour un nouveau Defcast. N'hésitez pas à réagir sur les plateformes de podcast et sur nos réseaux sociaux et surtout à vous abonner. À très bientôt.
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